Hard – Chris (partie 2)

Je n’étais pas si téméraire, en temps habituel, mais, sérieusement, j’étais complètement défoncée. Et je me mis à attendre qu’il m’embrasse. De voir ce que lui aussi pourrait faire. Ce qui allait se passer. Il était si près de moi, aussi. Sa cuisse collait la mienne, son corps tourné vers le mien, et il avait observé la manière dont Loïc attisait mon sein dans une intimité qui n’avait rien de commun, et dont il partageait l’ambiguïté sexuelle de par sa simple présence. Loïc, lui, avait posé l’épaule contre le dossier du canapé pour me regarder, m’analyser, même – j’en eus le sentiment, du moins –, me faisant frémir et m’étirer tandis qu’il pinçait et faisait rouler, maintenant, mon mamelon. L’excitation monta et je me mis à respirer plus rapidement.

Je me rendis compte que je regardais Chris avec envie. Véritablement. Presque de la supplication.

Baise-moi, devaient dire mes yeux, ou quelque chose comme ça.

Je voulais vraiment qu’il me baise, je le découvrais dans une conscience qui aurait pu ne pas être nouvelle, puisque je l’avais déjà eue, mais qui prenait alors une forme différente du fait qu’on était face à sa réalité, maintenant. Et que ça arrivait, pour de bon. Je voulais qu’il fourre sa main entre mes cuisses et qu’il s’empare de mon corps, et qu’ils me prennent à deux, avec Loïc. Deux anonymes, moi entre eux. Et rien d’autre que de la chair. Rien d’autre que de l’emprise.

Rien d’autre que du cul.

C’était ça, que je cherchais, ce que je me disais, sur l’instant. Quelque chose me sortant de moi-même et me faisant avancer. Qu’importe, vers où. Me tirant hors de ma propre réalité.

Je murmurais à Chris :

– Embrasse-moi.

Et je le fis avec un élan et une langueur qui me troubla, moi-même, ma propre voix comme étrangère à mon oreille.

Je ne sus pas vraiment pourquoi ce besoin se manifesta ainsi, à ce moment : ça m’avait écœurée la première fois avec l’homme dans la voiture. Ça m’avait écœurée de même avec Loïc. J’éprouvais ces baisers comme invasifs, à chaque fois, plus encore qu’une entrée dans mon sexe ou une possession du reste de mon corps. Mais peut-être parce que Chris me plaisait plus que Loïc ou parce que, au fond, j’avais encore besoin de tendresse, je demandai ça.

Chris hésita. Je le vis. Je devais vraiment l’interloquer, et je me demandais ce que Loïc et lui avaient pu se dire quand ils avaient discuté tous deux, un peu plus tôt. S’ils avaient parlé de ce qui arriverait. S’ils l’avaient anticipé.

Je ne savais rien de ça.

Et je ne le saurais jamais.

Tout ce que je sus, ce fut la façon dont sa main se posa doucement sur mon cou, hésitante, puis avec une pression curieuse, et celle dont je me sentis me tendre dans l’attente de ses lèvres, et l’hésitation de son regard, et l’évidence que, lui aussi, était dans une situation qu’il ne maitrisait pas. Comme si j’étais celle assurée des trois et que eux seuls se trouvaient à devoir s’adapter à moi. Puis Loïc agaça plus vivement encore qu’il ne le faisait déjà mon sein, et je pris une inspiration subite tandis que Chris penchait son visage vers le mien. Et il m’embrassa. Et ce fut bizarre parce que ça ne m’écœura pas du tout. Ça me fit même peur parce que ce fut tendre, et que c’était la dernière chose à laquelle je m’étais attendue, et que ça me rappela trop douloureusement tout ce que j’avais perdu, et tout ce qui me manquait, tout ce que j’avais laissé derrière moi. Mes échecs.

Mes pertes et mes abandons.

J’en fus comme fracturée, et le stress que j’en éprouvai aurait pu me faire repousser Chris, mais Loïc dénuda à ce moment-là mon autre sein et ce geste brusque agit comme un interrupteur pour me rappeler ce dans quoi on était. Et que je n’avais pas à avoir peur du baiser d’un inconnu, aussi tendre qu’il soit. J’accueillis alors la langue qui vint au contact de la mienne avec une envie lancinante qui se mêla à une volonté nette de me détacher, au moins psychologiquement, de ce qui m’avait tant ébranlée. Et j’eus alors une attitude provocatrice, parce que je passai la main sur la cuisse de Loïc que je sentais à côté de mon genou jusqu’à parvenir à la masse de son entrejambe. Et que ça, ce n’était pas rien. Ça peut paraître rien, peut-être, quand on ne le vit pas soi-même, ou n’être qu’une suite normale de ce qui était en train de se produire entre nous, mais ce n’est pas rien de poser la main sur le sexe d’un homme tandis qu’on est en train d’embrasser un autre. Et encore moins pour moi, avec ce que j’étais, alors. La fille que j’étais. Mais c’était ce dont j’avais besoin, sur le coup. De revenir à quelque chose de cru, de purement charnel. Je sentis son sexe raide, dur, gonflé même, comme à en éclater. Et ça me plut de l’exciter à ce point. Ça me dévia de mes émois. J’avais une consciente brute de mes actes, de ce que je montrais de moi en agissant ainsi, et je fus presque sur le point de faire de même avec Chris, mais je n’avais pas la témérité de mes pensées et je laissais ma première main sur son genou et la deuxième sur le sexe de Loïc. A peine Chris eut-il lâché ma bouche que je tournais pourtant le visage vers Loïc. M’offrant à lui. Caressant sa verge dans le même temps. L’attisant, comme il avait attisé mon sein. Et l’incitant à prendre le relai : à prendre ce qu’il voulait, aussi. Tout, s’il le pouvait. Jusqu’à ne plus rien laisser de moi. Je me sentais comme me roulant dans la fange, avide de m’y trainer plus profondément, avec juste ce juge au-dessus de moi. Ce juge de mon esprit que je ne voulais pas voir et que j’arrivais de plus en plus, à force de volonté, à occulter.

Loïc m’embrassa, sa langue profondément enfoncée en moi, et je retrouvai ce qui m’écœurait en lui, au-delà du fait que ce soit un connard. Il n’embrassait pas juste : il défonçait ma bouche de sa langue ; il ne me touchait pas juste : il pressait ses doigts sur ma chair comme s’il pourrait ainsi l’enfoncer… Et en même temps, c’était ce que je voulais de lui. Ce qui m’excitait : ce « trop », avec lui, ce « trop » que je voulais que me donne aussi Chris. Cette façon de me prendre, me posséder, me manipuler. J’en voulais plus, comme je craignais ce « plus » que je désirais. J’étais toujours sur le fil du rasoir.

Loïc finit par défaire véritablement mon cache-cœur, et me l’enlever en le faisant passer par mes bras, un à un…

C’était curieux de me plier ainsi à ses gestes.

C’était curieux de me déshabiller ainsi devant eux.

Et ce fut plus curieux encore quand je me retrouvai avec toujours mon soutien-gorge baissé, exposant mes seins, et la bouche de Chris de nouveau sur la mienne et cette douceur effrayante avec laquelle il m’embrassait. Pourquoi ? Et la main qui se mit à faire sauter les boutons de mon jean. Durant un instant, je ne sus même pas qui les ouvrait, puis bien sûr je compris. C’était Loïc. Je remarquai que je m’étais encore crispée, mais je ne faisais toujours rien pour entraver ses gestes. Et pourquoi l’aurais-je fait ? Je les encourageais, même. Quand les lèvres de Chris se posèrent sur mon cou, et que sa main empauma mon sein, et que les doigts de Loïc entrèrent dans ma culotte, je me pâmai pour de bon, perdue entre leurs chaleurs duelles et le contraste de leurs manières de me toucher.

Je crois qu’après ça, je me laissai véritablement sombrer.

Loïc se mit à déboutonner son propre jean et ôter prestement son t-shirt, pour s’allonger à demi sur le dos, sur le canapé, et me scruter de cette façon curieuse qu’il avait : comme s’il voulait voir si la fille bizarre agissait bien comme il s’y attendait.

– Suce-moi, dit-il en sortant son sexe.

Il me tendit sa queue, dure, raide… dans une attitude à l’exact opposé de celle de Chris : au-delà de la tendresse, au-delà de la douceur, comme pour détromper son pote concernant ce que j’étais, des fois qu’il ait eu une autre impression de moi, ou comme répondre à une interrogation, me concernant. Je ne m’en offusquai pas. Je songeai juste que me pencher sur sa verge serait plus que tourner le dos à Chris ; ce serait lui exposer mes fesses, mais n’étais-je pas venue pour ça ? Pour vivre ça ? Exactement ? Plus que je me mis réellement à quatre pattes, je me laissais tomber et je me retrouvais au-dessus de sa queue. Je la regardai. Je la voulais dans ma bouche, c’était bizarre de le percevoir autant. Je réclamai juste une capote.

Loïc fit la grimace.

– Je n’aime pas, protesta-t-il.

– Je le sais.

J’ajoutai :

– Moi non plus, mais ce n’est pas la question.

Il soupira profondément.

Il fut limite sur le point de m’agacer. Sérieux, on pourrait se protéger correctement, je ne dis même pas d’une manière anormale, sans devoir passer par un débat à ce sujet ? Je penchais toutefois le visage et effleurais son sexe de la langue, avec une envie contenue, mais n’allais pas plus loin. Loïc savait ce à quoi je tenais à ce sujet. Il aurait dû y tenir aussi. Il avait méchamment besoin de plomb dans la tête et le fait que ce soit moi qui en ait conscience, avec mes agissements, pourtant, n’aurait pas dû me sembler bizarre.

Je me redressai pour m’asseoir sur mes mollets et tournai le visage vers Chris.

Il m’observait.

– Je peux t’enlever ton jean ? dit-il.

Il était mignon, avec ses questions. Loïc prenait et lui demandait.

– Oui.

Je me rassis et haussai les reins pour l’aider. Il m’ôta mon jean, mes chaussettes … Il ne toucha pas à mes sous-vêtements. J’en avais mis de jolis, en dentelle grise et noire, que je savais m’aller bien. J’avais les cheveux en vrac, avachie sur le canapé, la tête en vrac, les idées à la dérive, le corps gavé de désir.

Je me sentais sexuelle à l’excès.

– Tu as des capotes ? lança Loïc à son pote, alors qu’il enlevait son pantalon à son tour.

– Ouais.

Chris en sortit une série de trois du sien. Pas sûre qu’il y en ait besoin d’autant mais, visiblement, il avait été prévenant.

Il se déshabilla ensuite, avec un empressement et une excitation qui avait un quelque chose d’attendrissant. Il fut aussi vite penché sur moi, me faisant chuter sur le dos.

Et moi j’étais là, allongée, prête à être prise par ces deux types que je ne connaissais même pas réellement, mais que je ne cherchais surtout pas à connaître.

Les mains de Chris se glissèrent sur ma peau, avec une fébrilité évidente dans la façon dont il attrapa des deux côtés ma culotte pour me la retirer. Cette fois encore, je haussai les hanches pour l’aider. Comme il ne semblait pas lui-même vouloir le faire, et que Loïc n’agissait pas, je retirai ensuite moi-même mon soutien-gorge. En soi, je ne savais pas vraiment pourquoi. Je crois qu’il voulait juste mon sexe, mais c’était plus conventionnel de faire ainsi. J’avais besoin de plus de conventionnel : on se dénude avant d’avoir un rapport sexuel, on s’embrasse… Chris m’avait embrassée mais il ne le ferait probablement plus, maintenant, du moins était-ce ce que me laissait penser son attitude. Je ne chercherais plus à l’embrasser moi-même, en tout cas.

Il m’attrapa tout de suite les cuisses pour les écarter. J’étais stone, pas super participatrice – et pour cause : j’étais vraiment très défoncée – mais ça ne semblait pas le déranger. Ça ne me posait pas de soucis. N’étais-je pas là, nue, en attente de sa queue dans mon corps ?

Je l’observai me relever les cuisses, et se rapprocher de mon sexe avant de saisir le préservatif pour le dérouler sur sa verge. Fuck les préliminaires, visiblement. Ou, du moins, je me contenterais du peu qu’on avait eu. Loïc s’était levé et il se tenait debout, sa queue toujours tendue, pour nous regarder et ça m’excitait, ça aussi. Tout m’excitait, en fait : tout ce qu’il se passait, tout ce qu’il pourrait se passer, tout ce que voulait dire ce qui se déroulait en cet instant, ce qu’il y avait dedans. Je relevai même les bras au-dessus de mon crâne en un geste de reddition, de don, d’invitation à prendre plus encore de moi, à me baiser comme il le voudrait. Comme je le voulais, moi, aussi.

Il finit par entrer en moi et ce fut comme un coup de poignard. Je me raidis et, vraiment, j’y repensai, j’avais perdu l’habitude d’être pénétrée. Mon corps l’avait perdu. Il était trop serré, trop sensible, trop devenu un temple fermé, infranchissable ou peut-être était-ce moi, juste, qui l’avait fermé ainsi. Moi qui avais bouclé trop de choses au fin fond de mon être, qui avais posé trop de verrous. Je me redressai pour poser la main sur son ventre. Il ne semblait pas se rendre compte que c’était trop pour moi, et que mon corps peinait à le soutenir. Je fus toutefois surprise quand il se pencha pour m’embrasser.

Chris ne cessa pas de me baiser, mais ce fut parfait, parce que je sentis finalement rapidement mon corps se relaxer pour ne plus laisser place qu’au plaisir. C’était bon ! Je serrais mes jambes autour de lui, contractais mon bassin, et Chris allait et venait en moi, me tenant les cuisses, me pénétrant, me possédant, et c’était comme une danse… Une danse, charnelle, où l’esprit n’avait plus vocation à être interrogé, qui m’emportait.

D’un coup, il finit par se retirer de mon corps.

Ce fut comme si je me réveillais. Je peinai à rouvrir les yeux, prise d’un vertige lancinant.

– Tu peux te retourner ? demanda-t-il dans un souffle rapide, témoignant de nouveau de cet empressement qui, associé à la douceur de son regard, avait un quelque chose d’attendrissant.

Je parvins à faire entrer ses paroles dans mon cerveau. Je soufflai « oui ». Et, pendant une seconde, je regardai Loïc. Loïc qui nous observait, attendant son tour. Cette vision me perturba, bien que ça n’aurait pas dû. Je me mis en position, à quatre pattes, exposant mon cul à Chris.

– Non, comme ça.

Il me fit pivoter, de manière à ce que je sois face au dossier du canapé et lui debout derrière moi.

Etranges types, tous deux, qui me maniaient au point de me faire prendre les positions qu’ils voulaient. Pourtant, je ne protestais pas et m’accomplissais même, donc pourquoi auraient-il pensé différemment ? Et probablement était-ce moi, dans mes agissements, qui les motivait à se comporter ainsi.

Je ne savais pas.

Je m’en foutais.

Chris se tint derrière moi, me saisit les reins et me pénétra avant de commencer à aller et venir en moi. Là, je dus m’accrocher au canapé, m’appuyer de mes coudes au dossier, et pousser de toutes mes forces contre lui, pour m’empêcher de m’écraser, pour résister à ses à-coups parce qu’il y alla avec une vigueur inattendue. Ses va-et-vient créèrent des vibrations dans tout mon corps, et m’envoyèrent des décharges de plaisir, me donnant l’impression que j’allais jouir comme ça, que je pourrais jouir comme ça, et peut-être y serais-je parvenue si Chris n’atteignit pas l’orgasme avant. Il se retira de moi, et je fus proche de m’écrouler, mais je tins bon. Je me sentais encore palpitante et je pris conscience de la force avec laquelle je languissais alors que Loïc prenne sa suite.

Qu’il comble ce qui venait d’être délaissé.

Je penchai la tête.

Et je remarquai, en le cherchant du regard, derrière, son sexe de nouveau dressé, alors qu’il finissait de dérouler une capote dessus. Lui ne me posa pas de questions, ne me demanda pas si j’étais OK pour qu’il me baise aussi, si j’étais capable de continuer ou quoi que ce soit qu’il aurait bien pu dire. Je ne dis rien. Je n’attendais rien de sa part, de toute façon, sinon qu’il me pénètre à son tour et qu’il se comporte exactement comme il le faisait. Comme ça. Et je plongeai dans son regard que je trouvais toujours curieux. Bizarre, vraiment, cette façon dont il me regardait. Avec comme une pointe d’ironie, qui témoignait de la manière dont il me jugeait. « Cette fois, c’est à mon tour de te baiser », disaient ses yeux. « C’est ce que tu veux ». Et je ressentis, avec une égale intensité, tout le dégoût et tout le désir que cette attitude me faisait éprouver. Je ne bougeai pas de position.

Ses mains se posèrent sur mes hanches. J’en frémis.

Quand il entra en moi, mon corps déjà ouvert le laissa entrer avec facilité. Je m’agrippai au tissu du canapé.

Et je m’y agrippai plus fortement encore, car il y alla avec force, lentement, mais comme s’il voulait démontrer quelque chose à son pote. Comme s’il voulait se montrer plus dominant que Chris avec moi. Et il me baisa, dans le sens le plus pur du terme, comme je le voulais, et il me martela tant que j’en eus les larmes aux yeux, et que le plaisir s’empara entier de moi, et que je me sentis sur le point de jouir, chacun de mes nerfs incendiés, à vif. Mais je n’atteignis pas ce point-là. Et il me relâcha après avoir atteint son propre orgasme, qu’il draina en de longs coups de reins et un souffle lourd qui me frustrèrent autant que m’excitèrent.

Cette fois, je tombai sur le canapé.

Je tâchai de faire le tri en moi : entre l’exaltation de mon corps, puissante, vivace, l’imminence de l’extase qui me titillait, toujours, qui me tordait, et cette image de moi que je ne pouvais pas empêcher de m’être renvoyée et dans laquelle je ne me reconnaissais pas. Dans laquelle je me voyais, projetée au-dessus de la scène, en train de me faire baiser, ainsi. Dans laquelle je me complaisais, pourtant.

Et je songeais qu’aucun des deux n’avait cherché à me donner du plaisir, finalement. Ils avaient juste pris le leur.

Mais peut-être n’était-ce que ce que j’avais attendu.

Ce que j’avais voulu, dans le fond.

Là aussi, je ne le savais pas.

Laisser un commentaire