Quitte ou double (3)

Chapitre 3

La fraîcheur matinale et les premiers rayons de soleil ont raison de son envie de traîner au lit. Matthias remarque la place vide à ses côtés et se blottit davantage dans les bras qui l’enlacent. Le corps derrière lui réagit en resserrant son étreinte et il entend un bâillement qui se termine en grognement. Toni n’a jamais été du matin, quand bien même il a eu son compte de sommeil. Matthias retient sa moquerie et se tourne pour lui faire face sans se déloger de son embrassement. Il glisse une jambe entre ses cuisses et le bras autour de sa taille. Alors que Matthias s’apprête à parler, son ami le fait taire en lui collant le front contre son torse. Docile, il reste ainsi de longues minutes, avant de commencer à paniquer. Seuls dans le lit de Justin, les draps encore souillés de leurs ébats nocturnes — même s’ils ne se sont pas réveillés pour recommencer —, leur nudité ranime d’autres désirs à mesure que les images de la nuit lui reviennent en mémoire.

— Toni ?

— Tout va bien, rendors-toi, répond son ami à son ton affolé.

Il est bien tenté de le croire : il ne s’est jamais senti autant en confiance que dans les bras de Toni. Que ce soit quand il l’enlaçait pour le rattraper d’une chute, chaque fois qu’il essayait de tenir sur des patins, ou quand il le consolait après ses ruptures et autres disputes avec Justin. Pourtant, il a besoin d’éclaircir ce qu’il s’est passé. Surtout maintenant que les doigts de son ami frôlent la peau de son dos en des arabesques auxquelles son corps répond de manière obscène.

— Pourquoi Justin t’a demandé à toi ? Pourquoi tu as accepté ?

— Il ne revient que vers midi, on a le temps d’en parler, repose-toi, soupire Toni.

— Dors si tu veux, je me lève, décrète Matthias en se libérant de l’étreinte.

Il est surpris du froid qui l’agresse quand il pose les pieds au sol et lutte contre l’envie de retourner au creux de l’enveloppe chaude qu’était le corps de son ami. Toni s’étire bruyamment et se redresse sur un coude :

— D’accord, commence-t-il. Justin en a marre de vos jeux et est persuadé que tu craques pour moi. C’est son pari : quitte ou double. Soit tu te contentes de lui, soit tu romps et on finit tous les deux.

— Quoi ? Mais il n’a jamais…

— Et moi, le coupe Toni, si j’ai accepté sa proposition, c’est parce que j’y ai vu une bonne opportunité.

Matthias en perd la voix et se borne à afficher un air offusqué. Toni doit le trouver amusant puisqu’il ricane avant de reprendre :

— Ne le prends pas mal, mais Justin n’a jamais caché qu’il trouvait notre relation ambiguë, non ?

— C’est vrai, admet Matthias. La première fois que je l’ai abordé, il a cru qu’on était en couple et que je lui proposais un plan à trois.

Le souvenir lui provoque un sourire, mais l’écho entre cette rencontre et leur situation actuelle crée une sorte de malaise. C’est comme si, toutes ces années, Justin était resté sur cette impression.

— J’avoue, reprend Toni, que je me suis toujours demandé ce que ça donnerait nous deux si on dépassait le stade amical. Pas toi ?

— Je…

— Ne nie pas, le coupe à nouveau Toni, avant d’ajouter : pas après ta réaction d’hier.

— L’idée m’a déjà effleuré l’esprit, est obligé de concéder Matthias.

D’ailleurs, il a du mal à soutenir le regard de son ami pendant qu’il se confesse et lui est reconnaissant de leur épargner cette épreuve en se remettant sur le dos pour observer le vide. Ainsi, il peut détailler Toni à loisir sans avoir la crainte du jugement :

— J’ai eu un tas de fantasmes sur toi et c’était encore mieux en vrai, mais si Justin ne s’en était pas mêlé, je n’aurais jamais fait quoi que ce soit qui puisse gâcher ce qu’on a. Est-ce que, ajoute Matthias, en hésitant, quand il le voit se raidir, notre amitié ne te suffit plus ?

— Bien sûr que si, le rassure Toni, le troublant davantage.

Perplexe, Matthias attrape la bouteille d’eau ramenée pendant la nuit et en boit quelques gorgées, appréciant que la sensation pâteuse du réveil quitte sa bouche. Il remonte dans le lit et ramène le drap sur lui. La question qui lui brûle les lèvres l’effraie et il espère un signe de Toni qui lui éviterait de la poser. Toutefois, ce dernier laisse le silence s’étirer, les yeux rivés au plafond. Matthias prend une longue inspiration pour rassembler son courage :

— Je dois choisir entre toi et Justin ?

— Nous deux, ça serait du tonnerre, argumente Toni sans se détourner du point imaginaire qu’il fixe depuis tout à l’heure. On se connaît par cœur. Je n’envisage pas de gâcher quoi que ce soit, sans compter que tout le monde nous prend déjà pour un couple. Et puis, on a démontré hier que le sexe est génial.

Matthias ne sait plus ce qu’il doit dire. Il ne peut rien réfuter, sans pour autant oser accepter l’évidence. Doucement, il sent poindre de la colère : Toni est injuste de lui laisser porter la responsabilité de ce choix, surtout quand il semble si soudain et définitif.

— Tu exagères ! s’emporte-t-il. Hier,